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« Pronétaires » de tous pays...

Critique du livre par Pierre Assouline (Nouvel Obs).

Joël de Rosnay serait-il le Karl Marx de l'informatique ?  Il prophétise le « grand soir » des médias...

Qui lance un mot lance une idée. En évoquant la «révolte du pronétariat», Joël de Rosnay, avec le concours de Carlo Revelli, ne crée pas qu'un néologisme : il tient que le bouleversement des mass media engendré par la révolution informatique ne peut pas laisser indemne notre vieille démocratie. 

Il constate que nous sommes tous des «pronétaires», car tous ou presque appelés à devenir et à demeurer des usagers du réseau ; mais s'il n'évite pas la démagogie en appelant à s'unir (air connu), il trouve dans la réalité des arguments convaincants à l'appui de sa thèse. Il est vrai que l'e-journalisme fait évoluer un genre traditionnellement proche du monologue (du haut vers le bas) en une sorte de conversation assistée par la technologie, échange auquel participeraient sur un pied d'égalité lecteurs, informateurs et, on allait les oublier, journalistes professionnels. Il ne s'agit déjà plus de fournir des informations en général mais des réponses à des demandes bien précises.

L'auteur est d'ores et déjà convaincu, sans attendre d'en savoir davantage sur ce qui demeure encore des inconnues (quid de la lassitude d'un internaute par rapport à un site ?), qu'internet incarne un contre-pouvoir citoyen qui est une révolution en soi : la gratuité relative de l'échange induit des modèles économiques inédits qui ne peuvent reposer sur la seule logique du don ; la rapidité de la diffusion, et son affranchissement des limites morales ou légales généralement respectées par les autres médias, créent un concurrent dans le champ du hors-piste ; enfin l'interactivité change radicalement les règles d'un jeu pratiqué depuis Théophraste Renaudot, la rubrique « courrier des lecteurs » se retrouvant propulsée en tête de toutes les pages.

Le jour où un blog francophone publiera un scoop retentissant, les plus sceptiques prendront l'habitude de s'attarder un peu plus sur leur écran, et les plus sarcastiques s'achèteront un ordinateur. « Francophone » et non « français » car l'e-journalisme a ceci de singulier qu'il s'exerce urbi et orbi. Dans l'internet du futur, des milliards d'objets seront connectés entre eux mais nul ne sait encore comment se transformera le réseau des réseaux : «Il s'agira certainement d'une étape majeure de l'évolution de l'humanité, comme l'émergence du web et la montée en pouvoir du pronétariat», estime Joël de Rosnay.

Ses réflexions sont, après celles de Jean-François Fogel et de Bruno Patino (« Une presse sans Gutenberg », publié chez Grasset), ce qu'on peut lire actuellement de plus stimulant sur le sujet, étant entendu que la nouveauté de son développement et l'accélération inouïe qui le caractérise nous réservent encore bien des surprises. Le chapitre sur la dictature du pronétariatreste à écrire, mais qui osera ?

mars 23, 2006 dans Revue de presse | Permalink

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Notifié le 7 jan 2010 03:03:00

Commentaires

"Le jour où un blog francophone publiera un scoop retentissant, les plus sceptiques prendront l'habitude de s'attarder un peu plus sur leur écran". Ce n'est pas du tout ça. La meilleure finalité des blogs n'est pas de lancer des scoops. Monsieur Assouline, vous regardez la chose par le petit bout de la lorgnette! Les blogs préparent l'émergence d'une parole nouvelle : créative, interactive, sociale, solidaire... Celle de la nouvelle société dont les prémisses sont un peu partout. Hommes de médias, intéressez-vous au phénomène! Epousez-le! Sinon, vous serez balayés!


Rédigé par : sancho | 1 avr 2006 11:43:28

Quelques réflexions sur cet ouvrage :
1- Ce terme de [email protected] ne me paraît pas heureux. Il me semble difficile de comparer les luttes du prolétariat avec les vagues états d'âme d'utilisateurs du net. Je pense même que c'est en quelque sorte faire injure à toute cette humanité qui a beaucoup souffert ce qui nous permet, à nous privilégiés, de profiter d'avantages pour lesquels nous ne nous sommes pas trop battus !
2- Si j'ai bien compris le bouquin, un des gros problème de notre temps est l'accès à l'information honnête et que le net nous offre cette possibilité grâce à quelques hardis pionniers. J'ai scrupuleusement visité les sites recommandés et j'avoue que je ne partage pas l'enthousiasme de l'auteur.
D'abord dès que je vois des gens annonçant qu'ils ont un média citoyen, qu'il faut pratiquer le commerce équitable ou promouvoir le développement durable ou la démocratie participative, je me méfie ! Ces gens là en général sont persuadés qu'ils ont la vérité et que l'on doit les suivre. Ce n'est qu'une nouvelle forme d'action psychologique mise à la sauce des médias actuels dont le net. Je me méfie surtout de ceux qui annoncent une démarche citoyenne. Je me rappelle avoir vu à la télévision un agité dans son zodiaque qui devant la base des sous marins de l'Ile Longue criait : “ceci est une inspection citoyenne etc...“. Mais de qui ce brave agité tenait-il son mandat ? de ses convictions, d'un groupe qui s'imagine détenir une vérité mais pas par le résultat d'une élection démocratique qui lui aurait confié ce mandat. Même démarche contestable des faucheurs d'OGM. Que les gens qui sont contre le nucléaire ou les OGM manifestent d'accord, mais proclamer leur démarche de "citoyenne" ajoute une dimension morale qu'ils n'ont pas le droit de s'auto-attribuer.
Cette parenthèse pour souligner la difficulté, sur le net, de savoir si les informations diffusées sont biaisées ou honnêtes. Je sais dans les grands médias qu'elles sont biaisées et à peu près dans quel sens. Pour les news magazine que je lis depuis longtemps je connais aussi la tendance du journal et de ses principaux journalistes. Sur le net, il faut découvrir l'orientation et la dose de mauvaise foi avant de pouvoir accorder sa confiance.
Un autre problème sur le net et ces blogs ou journaux en ligne sont les commentaires. Le moindre article donne lieu à 30, 40 ou plus d'avis “balancés" par les lecteurs. Ces commentaires sont rarement intéressants et pour eux aussi on peut se demander quel est le degré de vérité ainsi véhiculé. Certains ne sont que des boutades, d'autres sont des réactions outragées, d'autres encore ne sont que des rabâchages de vieux mythes politiques enfouis ou qui devraient l'être depuis longtemps.
Là, il y a 2 problèmes :
1- la lecture de ces commentaires prend beaucoup de temps pour un intérêt limité.
2- comment savez-vous si une censure insidieuse ne se glisse pas entre vous et le média : un commentaire correct qui n'est pas publié ou tronqué ?
Essayez donc sur le site de Mme Royal de glisser un commentaire argumenté pour contrer l'attrape gogos de "la démarche ou démocratie participative". Comment allez vous savoir qu'une censure autrement insidieuse qu'une censure officielle ne va pas orienter les fameux forums ?

Monsieur de Rosnay vous êtes un scientifique donc vous connaissez quelques choses aux raisonnements logiques donc vous devez vous méfier de toutes conclusions hâtives concernant ces nouveaux sites et de leur virginité. Que vous ventiez les énormes possibilités du net et les non moins immenses dangers d'information ou de désinformation très bien, mais ne donnez pas de références sites dont les orientations politiques ne sont pas plus claires que celles des grands médias.
Et ne vous drapez pas dans les souffrances bien réelles de tous ces malheureux travailleurs prolétaires pour appeler à une révolte de nantis.
Salutations


Rédigé par : Gaudin François | 11 avr 2006 16:49:16

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