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La révolte du pronétariat

Critique du livre par Genium.

Joël de Rosnay est un scientifique qui a travaillé dans le prestigieux MIT, et fut dès 1974, l’un des premiers utilisateurs du réseau, qui s'appelait à l'époque... Arpanet. J’ai débuté la lecture de son dernier bouquin: La révolte du pronétariat : Des mass média aux média des masses; il y décrit très justement la société telle qu'elle se dessine sous l’influence des technologies de la relation.

Il a compris qu'Internet est un écosystème informationnel; nous y baignons et tout y passe: infos, radios, TV, musique... J'avoue être séduit par sa vision qui s'inscrit dans une gestion de l'abondance qui caractérise notre société; à l'opposé du modèle de la gestion de la rareté entretenu artificiellement par les infocapitalistes, qui fonctionnent encore selon un mode pyramidal de diffusion de l'info (l'image par les grandes TV, le son par les grandes radios, l'info par les grands groupes d'édition, la voix par les opérateurs, la pub par les grandes agences, la musique par les majors...). Or, comme le dit Joël de Rosnay, nous sommes tous des capteurs d'infos et susceptibles d'être une véritable source d'informations. Les consommateurs se transforment en "consom-auteurs" qui peuvent apporter leur force de "travail numérique" avec des outils pro. Et la convergence des ces outils semble permettre donc à tout un chacun d'émettre, de recevoir, de créer...

J'adhère à cette vision, car on est plus dans la gestion de la rareté mais dans celle de l'abondance, par nature rémunératrice: plusieurs millions de personnes téléphonaient gratuitement avec Skype... qui fut ensuite racheté une fortune par eBay. Ils développent une équation à 3 inconnus: Flux + Buzz = Bizz. L'exemple n'est pas idéal, mais c'est un peu le principe des soldes: certains magasins arrivent à réaliser leur chiffre d'affaire annuel dans cette période en profitant du trafic qu'il génère... En gros, mieux vaut toucher 90% des ventes d'un produit vendu à 10 centimes à des millions d'exemplaires que de toucher 10% des ventes d'un produit vendu 10 euros vendus à quelques milliers d'exemplaires... L'idée est de générer du flux sur un site fun et gratuit; cela fait forcément jaser et participe à son succès de manière exponentielle, le tout étant ensuite d'arriver à vendre des services personnalisées à très faible prix mais en quantité énorme... Le modèle me semble vraiment génial Pas d'investissement en amont puisque les pronétaires possèdent déjà un ordinateur et une connexion internet; et pas besoin de marketing en aval forcément inutile. Dans ce modèle, la promotion, le marketing est automatique et gratuit. Du coup, les marges sont tout simplement énormes

Etendre ce modèle à la culture implique de réinventer le droit d'auteur! Les technos de la relation comme les définit Joël de Rosnay est un formidable levier qui offre une telle visibilité forcément très rémunératrice... Mais ceci, les infocapitalistes ne le comprennent pas, car ils fonctionnent selon des reflexes pyramidaux

Les premiers 150 000 pronétaires signataires de la pétition EUCD Info se sentent tout particulièrement concernés par l'analyse de Monsieur de Rosnay...

février 19, 2006 dans Revue de blogs | Permalink

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Commentaires

Le livre de Joël de Rosnay est en effet un événement fondateur en ce qu'il formalise un état de rupture et offre une base de travail et de réflexion crédible (sinon "scientifique") pour aborder les mutations qui s'annoncent dans le domaine de l'économie de l'information et des rapports de pouvoir.

Toutefois, certains passages du chapitre 6 qui s'interroge sur les moyens de rendre plus politiquement correct (et acceptable)un internet "libertaire", introduisent une notion de contrôle du réseau par le réseau destinée à juguler le développement de medias véhiculant des idées dites "nauséabondes".
Au-delà de l'exercice consistant à définir ce qui est nauséabond et ce qui ne l'est pas (et ce qui peut le devenir en fonction des intérêts de communautés et le développement d'idéologies de masse), il y a dans ce cette idée de flicage du réseau par lui-même une contradiction vis à vis de la nature intrinsèque de la toile.

Sur internet comme ailleurs, la notion de liberté et ses champs d'application se déclinent à l'infini au gré des convictions, croyances et comportements qui caractérisent chaque individu. La grande force du web est qu'il se libère des contraintes d'espace et de temps et s'inscrit dans un transversalité absolue. Le web est menaçant pour les pouvoirs "auto"constitués car il est le résultat de l'équation généralisation + absence de contrôle.
Il me semble que JDR et CR cherchent à inscrire de force le web dans un schéma philosophique et politique bourgeois et acceptable, sorte de social-démocratie favorisant l'essor des avantages compétitifs du media tout en le maintenant dans une posture acceptable par les acteurs de la vie politique et intellectuelle à l'échelle mondiale. Une rupture oui, une révolution non.

L'engagement de JDR et CR aurait à mon sens gagné à accepter le phénomène dans son ensemble, y compris les "dégats collatéraux" qu'une libération globale et rapide de l'information peut entraîner. Nous n'avons pas de solutions à l'heure actuelle au problème de la fiabilisation des données qui circulent sur le réseau... peut-être n'y en a t-il pas? Peut-être pourrions nous appliquer au réseau les règles que l'on hésite pas à appliquer au marché, celles de l'auto-régulation, basée, non pas sur l'optimisation de gains mais sur le pari (utopique peut-être) sur la fameuse intelligence des foules.

Un truc m'embète également : Pourquoi JDR et CR n'ont-ils pas mis en ligne le manuscrit numérique de leur ouvrage? Par exemple, j'ai acheté le bouquin (et je lui fais force pub auprès de mon entourage), mais je souhaiterais communiquer plus largement sur les concepts développés par les auteurs dans un cadre privé ou professionnel. Or recopier des morceaux de texte à longueur de journée me paraît contre-productif.
Les auteurs gagneraient à une publication libre qui ne pourrait que confirmer par l'exemple le bien fondé de leur position sur la nouvelle nouvelle économie de la gratuité et contribuer à une large diffusion de leurs idées.


Rédigé par : jco4667 | 23 fév 2006 11:34:16

Bonjour,

Merci pour ce très intéressant commentaire. Je ne pense pas qu'on prône une manière coercitive pour rendre "politiquement corrects" les contenus d'Internet. Ma thèse à ce sujet n'a pas beaucoup évolué depuis 2001 et je vous reproduis un extrait de ce que je disais à l'époque dans un article que nous avons repris dans le livre:

"Au delà des questions de désinformation, différentes pistes de réflexion s’ouvrent, notamment pour tenter de résoudre les problèmes liés à la prolifération de contenus illégaux sur Internet (pédophilie, cyber-terrorisme, cyber-criminalité, racisme...). Il est difficile d’envisager qu’un gouvernement ou une administration puisse réellement réguler « du haut » tout ce qui apparaît sur Internet. Les internautes, et pas uniquement les pouvoirs publics, doivent être au centre de tout dispositif qui ait pour but d’introduire une quelconque régulation éthique et juridique sur Internet.

Chaque internaute peut se transformer, volontairement ou par hasard, en une sorte de « capteur » capable d’identifier un site Web ou un forum de discussion qui incite au racisme, à la haine ou à la pédophilie. La question est alors de comprendre si le Web peut se transformer en une sorte de « peer to peer éthique » mobilisant les forces de millions d’internautes, à l’image des nombreux programmes scientifiques qui utilisent la puissance de calcul des PC des internautes pour lutter contre le sida, le cancer ou pour scruter les signaux d’hypothétiques extra-terrestres ([email protected])

Les pouvoirs publics devraient promouvoir activement cette prise de conscience citoyenne pour que chaque Internaute prenne la mesure de ses capacités potentielles à assainir le cyberespace. Il est donc fondamental de développer les bases d’une véritable autorégulation éthique et citoyenne d’Internet.

Il ne s’agirait donc pas ni d’une régulation exclusivement par le haut (pouvoirs publics), ni exclusivement par le bas (internautes), mais d’une une co-régulation citoyenne."

En ce qui concerne la mise en ligne de l'ouvrage sous Creative Commons elle n'est pas du tout exclue... Au contraire, nous sommes en train d'en discuter avec l'éditeur.


Rédigé par : Carlo Revelli | 25 fév 2006 14:51:18

Je découvre à l'instant ce site et le livre qui y est évoqué.
J'ai d'abord une pensée pour Joël de Rosnay. Je dénonce si souvent l'admiration débile pour les stars du showbusiness, alors qu'en réalité notre société devrait être redevable auprès de telles personnalités scientifiques qui travaillent dans l'ombre (relativement, par rapport aux médias les plus populaires) mais dont l'apport en terme de progrés nous est autrement plus profitable.
Et comme les clichés traditionnels de notre société (ainsi le clivage politique gauche/droite) nous paraissent dépassés par rapport à ses analyses toujours avant-gardistes.
Je partage donc son enthousiasme pour sa quête de signes avant-coureurs des nouvelles mutations de notre société.
Mais comme Internet semble rebelle à toute description ferme et définitive!
Je m'étonne notamment de ce phénomène que j'observe dans toutes les discussions qui ont lieu grâce à ce nouvel outil de communication:
chaque interlocuteur expose "sa" vérité et prétend englober dans la sienne celle qui la précède.
Même si ce phénomène est lié à tout type de communication, il prend de l'ampleur je pense par l'intermédiaire des multiples forums qui se développent sur la toile.
Car au bout du compte, après l'exposé d'innombrables avis, sommes-nous plus avancés?
"La vérité": voilà bien un thème porteur d'une des plus grandes problématique liée à Internet et sans doute issue du nombre incroyable d'individus ainsi mis en contact.
Curieusement, comme il y a 2000 ans en arrière, il me semble que nous sommes de nouveau sur Internet à la recherche d'une vérité.
Et pourquoi d'ailleurs dire qu'elle pourrait venir des citoyens eux-même alors que nous venons ici-même sur ce site pour avoir celle de personnes plus éclairées?
Chaque internaute se retrouve confronté à d'autres qui ont parfois un mode de pensée radicalement différent, issus de pans de sociétés totalement opposés.
Il y a de quoi s'y perdre...
L'humanité semble se chercher elle-même. Nous cherchons à définir Internet et ses effets sur notre société...
Alors, dans l'état actuel des choses, Internet nous apporte t-il plus de vérité ou nous perd-il dans un gigantesque labyrinthe?
Il ne s'agit pas d'une simple humeur d'un humble internaute, le problème est directement observable, par exemple avec votre livre "La révolte du pronetariat".
Quel poids a donc un tel ouvrage aujourd'hui? Que peut-il apporter s'il se retrouve perdu au milieu d'innombrables autres ouvrages et avis d'internautes?
L'information n'est-elle pas en train de crouler sous son propre poids?
Voilà les interrogations que me suggèrent la lecture de vos pages...


Rédigé par : Klod06 | 11 mar 2006 00:15:04

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